Oreille directrice : de quoi parle-t-on ?
L'oreille directrice, c'est l'oreille qui mène votre écoute. D'où vient la notion, pourquoi elle fait débat, et en quoi un test d'écoute diffère d'un test d'audition, avec Jean-Louis, professeur de yoga à Bouillargues.
L'oreille directrice désigne l'oreille que vous privilégiez pour écouter, comme vous avez une main dominante. La notion vient des travaux du Dr Alfred Tomatis sur l'écoute, à l'origine de l'audio-psycho-phonologie, et elle reste discutée par les scientifiques. On la repère par un test d'écoute, différent d'un test d'audition : il s'intéresse à la façon dont vous écoutez, plutôt qu'à ce que vous entendez. Jean-Louis, formé à l'audio-psycho-phonologie, en fait un point de départ pour ses pratiques d'écoute à Bouillargues, près de Nîmes.
Définition simple
Vous avez deux oreilles, et dans la plupart des situations elles travaillent ensemble. L'idée d'oreille directrice suppose qu'une des deux prend la tête : c'est elle que vous tendez vers une conversation difficile à suivre, elle qui guide le contrôle de votre propre voix quand vous parlez ou chantez.
On parle aussi de latéralité auditive, par analogie avec la latéralité de la main ou de l'œil. Beaucoup de gens connaissent leur œil directeur : ils le gardent ouvert pour viser. L'oreille directrice applique la même logique à l'audition.
Un point d'anatomie aide à comprendre pourquoi la question se pose. Les voies auditives se croisent en partie : d'après la page Wikipédia consacrée à l'écoute dichotique, les voies de l'oreille droite ont un accès direct à l'hémisphère gauche, dominant pour le langage chez la plupart des gens. Celles de l'oreille gauche passent par l'hémisphère droit, puis traversent le corps calleux pour rejoindre les zones du langage.
Deux oreilles, deux chemins vers le langage
Les voies auditives se croisent. Le trait plein vert montre l'accès direct de l'oreille droite à l'hémisphère du langage ; le trait terracotta, le chemin de l'oreille gauche, qui passe ensuite par le corps calleux (pointillé).
D'où vient la notion : l'audio-psycho-phonologie
Alfred Tomatis (1920-2001), médecin ORL, a développé l'audio-psycho-phonologie, aussi appelée méthode Tomatis. Il a publié en 1967 un livre intitulé L'Oreille directrice (éditions Soditap), puis a repris l'idée dans L'Oreille et le langage. Pour lui, une oreille, de préférence la droite, pilote le contrôle de la voix et du langage : intensité, timbre, intonation.
La méthode fait débat. La page Wikipédia d'Alfred Tomatis le décrit comme « secondairement radié de l'Ordre » des médecins, en 1977, et qualifie sa méthode de « scientifiquement controversée ». La revue d'orthophonie Glossa a publié un article critique au titre explicite, « Le mythe Tomatis ». Une grande partie des études favorables est produite ou relayée par le réseau Tomatis lui-même.
La question de l'oreille directrice, prise isolément, intéresse aussi des chercheurs extérieurs à ce réseau. Un mémoire soutenu en 2015 à l'Université de Lorraine, en audioprothèse, porte ce titre : « L'oreille directrice : vue de l'esprit ou réalité ? ». Son autrice y cherche à montrer qu'une oreille directrice existe chez des personnes dont l'audition est symétrique. Le titre résume bien l'état de la discussion : la notion circule, ses fondements restent débattus.
Jean-Louis, qui a été instituteur puis conseiller pédagogique en musique dans l'Éducation nationale, a travaillé sur le rôle de l'oreille dans les apprentissages et la mémoire. Il est aussi formé à l'audio-psycho-phonologie (AFAPP Narbonne). Il en retient une approche pédagogique de l'écoute, sans prétention thérapeutique.
Écouter et entendre, deux choses différentes
Entendre, c'est capter un son. Écouter, c'est y porter attention, le trier, le comprendre. Deux personnes à l'audition identique peuvent écouter de manière très différente : l'une suit sans effort une conversation dans un café bruyant, l'autre décroche vite.
Jean-Louis tient à cette distinction et sépare toujours le test d'écoute du test d'audition. Le test d'audition mesure ce que votre oreille capte. Le test d'écoute regarde comment vous vous en servez.
Test d'audition ou test d'écoute ?
Le test d'écoute complète un suivi médical et ne le remplace jamais. Pour toute gêne auditive, l'ORL reste l'interlocuteur.
Ce qu'observe un test d'écoute : oreille directrice, discrimination des sons, intensité
Le réseau Tomatis l'écrit lui-même sur sa page consacrée à la différence avec l'audiogramme : son test d'écoute « n'est pas un instrument médical et ne vise pas à diagnostiquer des conditions médicales ». Il sert à dresser un profil d'écoute, c'est-à-dire la façon dont une personne traite et interprète les sons.
Dans la pratique de Jean-Louis, le test apporte des renseignements sur plusieurs points. Il permet d'être « mieux avec son oreille directrice ». Il regarde la capacité à discriminer les sons, à distinguer une voix d'une autre, un instrument d'un autre, en particulier dans l'écoute musicale. Il s'intéresse enfin au rapport à l'intensité sonore : sentir le moment où « là, c'est trop fort ».
Mieux percevoir sans monter le son
Devant une conversation ou une musique difficile à suivre, le réflexe courant consiste à monter le volume. Jean-Louis propose l'inverse : « sans augmenter le son, aller vers une meilleure perception sonore ». Le travail consiste à affiner l'attention au même niveau sonore.
Il présente ce travail sous forme de jeux, en petit groupe. Les détails du test et des séances sont sur la page yoga et audition.
Prendre soin de ses oreilles au quotidien
Jean-Louis invite chacun à devenir « l'avocat de son oreille ». Il part d'un constat : l'oreille est fragile, et il faut lui laisser le temps de se régénérer. Être l'avocat de son oreille, pour lui, c'est prendre en considération tout ce qui est sonore autour de soi.
Son conseil le plus concret concerne les soirées bruyantes. Après un concert ou de la musique forte, pensez tout de suite au lendemain et prévoyez-y un moment de silence. Il reste léger sur le sujet : inutile de vous enfermer dans un monastère, vous gardez la vie que vous avez, avec vos envies.
L'Assurance maladie donne des conseils complémentaires sur sa page consacrée aux acouphènes : faire des pauses pendant les concerts (30 minutes toutes les deux heures, ou 10 minutes toutes les 45 minutes) et porter des protections adaptées quand on ne peut pas éviter un bruit fort.
Après un concert
- Le lendemain, du silence. Réservez un moment calme, sans casque ni musique forte.
- Pendant le concert, des pauses. Sortez régulièrement de la salle et pensez aux bouchons d'oreilles.
- Si ça siffle encore, consultez. Un sifflement ou une oreille bouchée qui persiste justifie un avis médical rapide, chez votre médecin ou un ORL.
Les deux premiers réflexes relèvent de l'hygiène sonore. Le troisième relève de la médecine.
Avis médical. Les pratiques d'écoute de Jean-Louis n'ont aucune visée de soin, que ce soit pour des acouphènes, une perte d'audition ou un trouble de l'oreille interne. Si vous entendez moins bien, si vous avez des sifflements, des vertiges ou une douleur à l'oreille, consultez votre médecin, qui vous orientera vers un ORL.
L'oreille dans un cours de yoga
Dans les cours de Jean-Louis, l'oreille travaille de deux façons. Il y a des moments d'écoute passive : une musique, un paysage sonore. Et des moments actifs, où chacun produit des sons avec la voix, parlée ou chantée. Selon lui, cette vibration « permet à l'oreille de s'ouvrir » et élargit le champ de perception.
Ce sont des cours de yoga, et personne ne vous demande de savoir chanter. Quand on lui demande à qui s'adresse ce travail d'écoute, Jean-Louis répond en souriant : « aux gens qui ont des oreilles ». Il rattache ce travail à une idée qui traverse tout son enseignement, devenir plus perceptif. Ses élèves la retrouvent dans leurs bilans de fin d'année, où une perception plus fine de leur vie revient souvent.
Le silence tient aussi une place dans ses cours, avec l'immobilité et l'obscurité, ses « trois amis précieux ». L'article yoga et sommeil montre comment les retrouver le soir.
Pour en savoir plus sur son parcours, de l'Éducation nationale aux écoles de yoga, voyez la page Jean-Louis, professeur de yoga. Et si vous voulez essayer ce travail d'écoute, le plus simple est de venir à un cours d'essai gratuit à Bouillargues, le lundi, en groupe de six personnes au maximum : inscrivez-vous ici et dites dans le formulaire que l'oreille vous intéresse.
Questions fréquentes
Comment savoir quelle est mon oreille directrice ?
Un indice courant est l'oreille vers laquelle vous portez spontanément le téléphone. Les praticiens de l'audio-psycho-phonologie la repèrent par un test d'écoute. Gardez en tête que la notion reste discutée sur le plan scientifique.
Un test d'écoute remplace-t-il un audiogramme ?
Non. L'audiogramme, réalisé par un ORL ou un audioprothésiste, mesure ce que vous entendez, fréquence par fréquence. Le test d'écoute décrit la façon dont vous vous servez de votre audition. Le réseau Tomatis précise lui-même que son test n'est pas un instrument médical. Pour toute gêne auditive, consultez un ORL.
Que faire après un concert ?
Jean-Louis conseille de penser tout de suite au lendemain et d'y réserver un moment de silence. Si un sifflement ou une sensation d'oreille bouchée persiste, consultez rapidement votre médecin ou un ORL.
Faut-il savoir chanter pour suivre les cours de Jean-Louis ?
Non. Ce sont des cours de yoga. La voix, parlée ou chantée, y sert à sentir la vibration et à ouvrir l'écoute, sans aucune exigence de justesse. Comme le dit Jean-Louis, ce travail s'adresse aux gens qui ont des oreilles.
Pratiquer avec Jean-Louis à Bouillargues
Cinq cours le lundi, six personnes au plus par groupe. Jean-Louis vous offre le premier cours.